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Journal de Bord d'un marcheur... Compte-rendus de randonnées et informations sur la montagne, la randonnée et les Alpes

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Berne et les Préalpes suisses

Pour ces vacances d’hiver, Estelle et moi partons pour la Suisse : Berne d’abord, puis quelques jours dans les Préalpes où balades en raquettes, tourisme, gastronomie et détente nous attendent. De quoi fêter dignement nos 8 ans de vie commune !

Samedi 08 février : La ville de Berne a été fondée en
1191 par Berthold V, duc de Zähringen (puissante dynastie du Saint Empire romain germanique). Le centre historique se presse sur les hauteurs d’un méandre encaissé de l’Aare. Rebâti en grès au XVème siècle, suite à un incendie, il conserve un caractère moyenâgeux et pittoresque qui lui vaut de figurer au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Nous arrivons en ville en fin de matinée et tombons en plein week-end de carnaval (Fastnacht). Mais l’ambiance est encore si calme que nous nous demandons s’il s’agit du début ou de la fin des festivités ! Il n’y a pas foule, et dans le centre fermé à la circulation nous avons tout loisir pour parcourir les rues pittoresques bordées d’arcades, admirer les fontaines ornées de sculptures hautes en couleurs et découvrir le célèbre carillon animé de la Zytgloggeturm (tour de l’Horloge).

Ville libre après la chute des Zähringen, Berne rejoint en 1353 la jeune confédération helvétique avant de devenir le siège des institutions fédérales en 1848. L’imposant Bundeshaus (palais fédéral) de style néo-renaissance en est le symbole.

Mais Berne est avant tout la ville des ours : En effet, la légende rapporte que Berthold V aurait organisé une partie de chasse, à l'issue de laquelle le nom du premier animal capturé serait donné à la nouvelle cité : il s’agira d’un ours, «ein Bär», la ville s'appellera donc «Bärn», devenu «Bern(e)» et l'ours en sera son emblème. C’est pourquoi la bärengraben (fosse aux ours) abrite toujours (et depuis le XVIème siècle) des ours bruns. Mais quel triste spectacle aujourd’hui que de voir évoluer ces animaux dans ce trou vétuste. Heureusement, un projet de parc de plus de 6000 m² devrait voir le jour dès 2009 et permettre aux plantigrades de se déplacer dans un espace plus naturel et plus adapté, et de bénéficier d'un accès aux eaux de la rivière.

Nous déjeunons à deux pas de là, dans l’Altes Tramdepot [ch], et dégustons les fameuses spécialités alémaniques à base de pommes de terre que sont les rösti (prononcer reuchti).

L’après-midi est plus festive et de nombreuses «Guggenmusik-Cliquen» (fanfares qui ne jouent que pour le carnaval) animent les rues, envahies par les odeurs de saucisses et les vapeurs de bière, mais l’ambiance reste très «bon enfant».

Nous quittons la fête pour visiter la cathédrale St Vincent. Cet édifice gothique supporte fièrement le plus haut clocher du pays (100m). Nous grimpons les 344 marches par l’escalier en colimaçon de la tourelle d’angle, largement ajourée : l’atmosphère est aérienne et nous donne le tournis. Dépassant les cloches dont la plus grosse pèse près de 10 tonnes, nous atteignons le pied de la flèche. De là haut, la vue s’étend des toits de la vieille ville aux sommets des alpes bernoises.


De retour sur le plancher des vaches, nous consacrons la fin de l’après-midi au Schweizerisches Alpines Museum – Musée alpin suisse.

Je ne connais pas l’histoire de cette institution fondée en 1905, mais à la vue de la belle architecture de la ville, on aurait espéré un bâtiment plus joli que cet immeuble fade et triste.

Le contenu, en revanche, est du plus grand intérêt : sur deux niveaux sont présentés le milieu naturel (relief, géologie, glaciologie, faune et flore) et le milieu culturel (cartographie et mensurations, économie, traditions populaires, paysages et aménagements…) donnant un bon aperçu des Alpes suisses.

On y trouve également la plus grande collection de reliefs de montagne au monde. Une exposition temporaire leur est d’ailleurs consacrée : «Construire les montagnes» qui retrace le passage de la carte bidimensionnelle au relief tridimensionnel de manière accessible et ludique. Un volet présente en particulier la vie et l’œuvre de Xaver Imfeld [ch] (1853–1909), cartographe et ingénieur suisse «maître de la carte en relief et des panoramas».

Quant à la plus grande salle du musée, elle abrite une maquette géante de l’Oberland bernois avec un ingénieux appareil de visée qui permet d’identifier les sommets en les pointant (et vice versa). Elle présente également «l’ascension» et «la chute», diorama de Ferdinand Hodler créé en 1874 pour l’exposition universelle d’Anvers. Ces deux toiles de 7,25m par 4,35m s’inspirent de la tragédie du Cervin et sont «la représentation symbolique du destin de l’homme». Malheureusement, en 1916, elles ont été découpées en 7 parties, aujourd’hui exposées dans leur disposition d’origine.






Dimanche 10 février : Nous quittons Berne pour le lac de Thoune, puis remontons le Nieder Simmental (basse vallée de la Simme) jusqu’à Erlenbach. Nous sommes ici dans les Préalpes de l’Oberland bernois, aux reliefs calcaires escarpés assez proches de notre Chablais.
 
A Erlenbach, nous embarquons dans le téléphérique du Stockhorn, qui nous propulse en quelques minutes à plus de 1600m. Nous descendons à la station intermédiaire de Chrindi, coincée entre deux imposantes masses rocheuses et dominant le lac d’Interstocken (Interstockensee).

La neige est au rendez-vous et nous sommes presque seuls. Raquettes aux pieds, nous quittons rapidement la piste damée contournant le lac pour remonter le flanc Est du Cheibenhorn.

Nous faisons la trace dans une poudreuse excellente et atteignons un collet qui offre une première perspective sur les sommets du Simmental et, plus loin, sur la trilogie de l’Oberland que forment l’Eiger, le Monch et la Jungfrau.

Quelques Tétras-Lyres fuient à notre approche alors que nous longeons la combe située sous l’arête rocheuse du Cheibenhorn. Il reste encore 50m pour atteindre le sommet mais la crête déneigée nécessite de se déséquiper. J’ai la flemme d’enlever les raquettes, et de toute façon, la vue ne sera pas plus grandiose que celle que nous aurons tout à l’heure, au Stockhorn.

Nous descendons en direction des fermes d’alpage de Vorderstocken, à moitié ensevelies sous la neige, puis sur l’Oberstockensee. Ce second lac offre un paysage digne d’une aquarelle de Samivel : La neige immaculée recouvre avec douceur les reliefs vallonnés qui nous entourent.

Après un agréable pique-nique, nous nous enfonçons dans un bois parsemé de quelques beaux avens et retrouvons l’Interstockensee. Il est 13h30 et, autour du lac, il y a maintenant de nombreux promeneurs.

Le second tronçon du téléphérique nous amène sous le sommet du Stockhorn, à près de 2200m.

Installés dans de confortables transats sur la terrasse du restaurant, nous découvrons un panorama époustouflant : La vue s’étend du Mont Blanc au Titlis sur presque toutes les Alpes suisses. Seuls les 4000 du Valais font défaut, cachés par les cimes toutes proches de l’Oberland. Autour de nous, les chocards à bec jaune virevoltent dans un ciel limpide, à l'affût de généreux bras nourriciers.

Malgré un tunnel percé dans la roche et qui permet d’admirer la vue côté Nord, nous grimpons quand même sur la cime : De là haut, la transition entre la plaine au Nord et les Alpes au Sud est des plus impressionnante, mais le vent violent nous incite à redescendre rapidement pour nous mettre à l’abri.


Nous quittons le Stockhorn vers 16h30 et retrouvons la voiture. Nous reprenons alors la route du Nieder Simmental, ponctuée de jolies fermes bernoises et de pittoresques ponts de bois.

A Boltigen, nous bifurquons vers le Jaunpass (col de Jogne) tandis que les reliefs environnants s’embrasent. Nous quittons alors définitivement le canton de Berne pour celui de Fribourg et la région de la Gruyère.

Au village de Jaun, nous sommes accueillis chaleureusement à l’hôtel Zum Wasserfall (La Cascade), charmant petit établissement sans prétention tenu par Hansyörg Baur et sa famille.


 
  Le Cheibenhorn (1952m)

Type : BN
Localisation : Canton de Berne (carte de situation)
Point de départ : Chrindi (Erlenbach - téléphérique du Stockhorn)

Itinéraire
:
Chrindi - combe et sommet du Cheibenhorn - Vorderstocken - Obertockensee - Chrindi
Distance : 6 km
Dénivelé positif : 350 m (400 avec le sommet)
Carte : CN1207 «Thun» et 1227 «Niesen» ou CN253S «Gantrisch» de l'Office Fédéral de Topographie (Suisse)
Topo : D'après E. Ackermann & A. Wandfluh, «Courses en raquettes - de Montreux au lac de Thoune», CAS, pp. 152-153


Sortie n°195 réalisée le 10/02/08 avec Estelle
 



Lundi 11 février : Après une bonne nuit de sommeil, nous voilà attablés pour un petit déjeuner typiquement gruérien avec ses meringues et sa fameuse double crème !

Notre objectif du jour est le Chalet du Régiment ou Chalet du Soldat, centre d’instruction inauguré en 1945 à l’initiative d’un major d’Infanterie de montagne, et qui s’est peu à peu ouvert au public et au tourisme.

Nous démarrons cette randonnée directement du village où nous remontons une piste encore enneigée mais verglacée et bien damée. Nous ne chausserons les raquettes que quelques kilomètres plus loin, à l’alpage de Gross Rüggli.

Nous longeons la face Nord et ombragée des Gastlosen, cathédrales de pierre auréolées de soleil dont les rayons flirtent avec les pinacles et clochetons rocheux de la crête. Ces majestueuses falaises n’usurpent pas leur surnom de «Dolomites suisses».

Enfin au col, nous retrouvons la lumière et découvrons le chalet : c’est un grand bâtiment entièrement recouvert de tavillons, particulièrement ouvragés. Fermé en dehors des week-ends, nous pique-niquons à côté, mais pourrons quand même y prendre un café, car les jeunes gardiens y habitent à l’année.

De la terrasse on aperçoit une bonne partie des Freiburger voralpen (Préalpes fribourgeoises) du Vanil Noir à la Hochmatt, dont nous avions réalisé l’ascension en juin 2006.

Le retour est un vrai régal. Nous profitons des raquettes pour couper à travers la poudreuse et regrettons juste de ne pas avoir de luge pour filer sur les derniers kilomètres de piste qui mènent au village.

Notre journée se termine par 2 heures de détente dans les nouveaux Bains de la Gruyère. Allongés sur un lit de bulles dans une eau à 35°, la tête dans un air à 0°, nous admirons le fin croissant de lune et les étoiles à travers les volutes de vapeur tandis que les 7 coups du clocher de Charmey nous rappellent qu’une fondue nous attend à 2 pas de là.

 
  Le Chalet du Soldat (1752m)

Type : ARN
Localisation : Canton de Fribourg (carte de situation)
Point de départ : Jaun/Bellegarde
Itinéraire
: Jaun - Gross Rüggli - Chalet du Soldat - retour identique

Distance : 12 km
Dénivelé positif : 740 m
Carte : CN1226 «Boltigen» ou CN253S «Gantrisch» de l'Office Fédéral de Topographie (Suisse)
Topo : D'après E. Ackermann & A. Wandfluh, «Courses en raquettes - de Montreux au lac de Thoune», CAS, pp. 84-85


Sortie n°196 réalisée le 11/02/08 avec Estelle
 



Mardi 12 février : Pour terminer ce long week-end, nous faisons route vers le village fortifié de Gruyères que nous avions déjà visité il y a deux ans.

Après avoir flâné dans la rue principale, face au Moléson enneigé, nous allons prendre un dernier verre dans le bar attenant au musée Hans-Ruedi Giger.

Cet artiste contemporain, créateur d’Alien, nous offre ici un espace bien éloigné de l’univers gruérien traditionnel.

Mais l’heure du retour a sonné, et nous quittons le canton de Fribourg et ses Préalpes pour le pays de Vaud, où mon grand-père nous reçoit pour une dernière nuit en Suisse.

En conclusion, ces 4 jours à la montagne auront été bien agréables, et quel dépaysement à moins de 3 heures de route de Mâcon !
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