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Journal de Bord d'un marcheur... Compte-rendus de randonnées et informations sur la montagne, la randonnée et les Alpes

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Les 3 derniers problèmes des Alpes

Voilà un bien beau récit d’Anderl Heckmair, à la fois témoin et acteur de la résolution de 3 derniers grands problèmes de l’alpinisme européen des années 30.

A cette époque, la crise économique fait des ravages et pousse la jeunesse en soif d’actions vers d’autres horizons. La montagne devient leur terrain de jeu. «Tel fut mon destin. Libre de tout lien, j’étais complètement indépendant» nous livre l’auteur.


Dans les Alpes, toutes les cimes (ou presque) ont été gravies. Les alpinistes s’attaquent maintenant à des voies plus difficiles et 3 faces nord leur résistent encore :

- Celle des Grandes Jorasses (4208m) dans le massif du Mont Blanc (France), paroi aussi large à sa base qu’au sommet rendant difficile le choix de l’itinéraire,

- Celle du Cervin (4478m), dans les Alpes valaisannes (Suisse), pyramide emblématique mais au rocher «pourri»,


- Enfin, celle de l’Eiger (3970m), (appelée également Eigerwand, «mur de l’Eiger») dans l’Oberland Bernois (Suisse), muraille calcaire de roche et de glace de plus de 1600m, accrochant particulièrement le mauvais temps.


Dans un style net et précis, Anderl Heckmair nous conte ses «propres aventures alpines, qui convergent toutes vers la solution des derniers grands problèmes, […] retraçant aussi les tentatives tragiques et les heureuses victoires de l’époque, lesquelles virent à l’œuvre les alpinistes les plus réputés».

Les 2 premières parties du livre sont consacrées à la conquête du Cervin et des Grandes Jorasses tandis que la 3ème partie, de loin la plus importante, décrit dans le détail ses tentatives et sa réussite dans la face nord de L’Eiger. Enfin, dans un dernier chapitre spécifique à l’édition française, l’auteur nous raconte son ascension de la Pointe Walker aux Grandes Jorasses, 20 ans après la 1ère, enlevée par Ricardo Cassin.

Extrait...

Après avoir rassemblé notre matériel, nous nous encordons dans le même ordre que le jour précédent. Puis nous partons, confiants et sans peur, vers les dernières et les plus difficiles heures de l’ascension.
Dès les premiers pas, un surplomb caparaçonné de glace m’attend déjà. Je le surmonte et fais venir mes compagnons. Il est suivi d’une traversée qui mène à une petite tête rocheuse. Lorsque je me retourne, mes camarades m’apparaissent comme des chandelles de glace collées à la paroi.
Au moment où nous nous ébranlions, la neige s’était mise à tomber avec plus de violence et, signe particulièrement inquiétant, elle était assez humide. Maintenant, même dans les parties les plus raides, elle colle au rocher déjà couvert de verglas. Si la vision est magnifique, l’escalade est effroyable.»




Bref historique de la conquête de ces 3 faces nord mythiques :


1931: Tentatives d’Anderl Heckmair avec Gustl Kröner aux Grandes Jorasses, puis de Léo Rittler et Hans Brehm qui sont tués par des pierres.

Toni et Franz Schmid, venus à vélo de Berlin, réussissent la première de la face Nord du Cervin.

1932: Nombreux essais aux Grandes Jorasses prenant l’allure d’une compétition internationale, mais personne ne franchit la base même du socle.

1933: Willy Welzenbach fait une reconnaissance, mais ce sont Giusto Gervasutti et Piero Zanetti qui atteignent les premiers l’altitude de 3500m, et ouvrent la voie vers l’éperon central, la pointe Croz (4110m).

1934: Tentatives respectives d’Armand Charlet avec Robert Greloz, puis Fernand Belin qui atteignent 3600m. Ils seront suivis de Raymond Lambert et Loulou Boulaz, Martin Maier et Ludwig Steinauer, Giusto Gervasutti et Renato Chabod, et enfin, Rudolf Peters et Peter Haringer qui découvrent le passage clé, mais Haringer se tue et Peters redescend seul après 5 jours et 4 nuits dans la paroi.

1935: Victoire sur la face Nord des Grandes Jorasses (éperon Croz, 4110m) de la cordée de Rudolf Peters et Martin Maier, mais l’accès à la Pointe Walker, le véritable sommet, reste vierge.

Sur l’Eiger, Max Seldmayer et Karl Mehringer meurent de froid à 3200m, au cours de leur 4ème bivouac dans la face.

1936: Les bavarois Andreas Hinterstoisser et Toni Kurz unissent leurs cordées sur l’Eigerwand avec les autrichiens Eduard Rainer et Willy Angerer, mais leur tentative se solde par une dramatique et mortelle retraite qui marquera longtemps les esprits…

1937: Mathias Rebitsch et Ludwig Vörg sont les premiers à redescendre vivants tous les deux de l’Eigerwand.

1938: Les italiens Bartolo Sandri et Mario Menti se tuent vers 3200m. Puis Ludwig Vörg et Anderl Heckmair rejoignent la cordée autrichienne composée de Fritz Kasparek et Heinrich Harrer, et, en 3 jours, malgré de nombreuses difficultés et un temps exécrable, les 4 germanophones viennent finalement à bout de la face Nord de l’Eiger.

Ricardo Cassin, Luigi Esposito et Ugo Tizzoni atteignent par la face Nord la Pointe Walker (4208m), plus haute cime des Grandes Jorasses.


Sources : En plus du récit d’Heckmair, j’ai puisé bon nombre de noms et dates dans l’excellent ouvrage de Roger Frison-Roche et Sylvain Jouty «Histoire de l’alpinisme», aux éditions Arthaud.

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