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Journal de Bord d'un marcheur... Compte-rendus de randonnées et informations sur la montagne, la randonnée et les Alpes

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Quelques jours au coeur de la Suisse

Pour poursuivre et clore ces 15 jours de vacances, Estelle et moi partons entre Reuss et Aare, dans les montagnes bordant le sud du Vierwaldstättersee (lac des Quatre-Cantons), centre historique et géographique de la Suisse.

C’est en effet sur ses bords, au XIIIème siècle, que les communautés paysannes des «pays forestiers» (Waldstaten) d’Uri, Unterwald (cantons de Nidwald puis d’Obwald) et Schwytz, contrôlant la route nouvellement ouverte du col du St Gothard, ont conclu un pacte d’alliance s’opposant ainsi à la domination des Habsbourg, qui menaçaient leur autonomie.

Après la bataille victorieuse de Morgarten, ces territoires sont rejoints par les villes de Lucerne, Zurich et Berne, s’émancipant ainsi définitivement du St Empire romain germanique.

Aujourd’hui, les 26 cantons suisses sont des États souverains de la Confédération et ont chacun leur propre constitution, parlement, gouvernement et tribunaux.

Mais trêve de géopolitique, passons aux vacances…

Mardi 08 juillet : Nous partons de Mâcon vers 13h sous un ciel chargé, dépassons Genève, Lausanne et Bern, puis remontons l’Aare jusqu’à Interlaken, entre les lacs de Thoune et de Brienz. Nous quittons ensuite la vallée pour le col de Brunig à 1008m, s’ouvrant sur le canton d’Obwald et ses superbes lacs étagés de Lungern et Sarnen.

C’est au bord de ce dernier que nous posons notre tente pour quelques jours, au camping d’Ewil, à côté du village de Sachseln. Malgré le cadre paradisiaque, nous sommes séparés du plan d’eau par la voie ferrée, et les trains passent donc à quelques mètres de notre campement ! Heureusement pour nous, il n’y a aucune circulation entre 22h et 5h du matin et nous passerons une nuit agréable.




Les quais de la Reuss et l'église des JésuitesMercredi 09 juillet :Le temps est toujours bien nuageux malgré quelques belles éclaircies, c’est pourquoi nous décidons de reporter la randonnée prévue et préférons aller visiter Lucerne, à 30km de là. Et pour nous y rendre, quoi de plus naturel que le chemin de fer si proche.

C’est la Zentralbahn, compagnie ferroviaire locale qui fait la jonction entre Interlaken et Lucerne. Leurs trains, aux fenêtres panoramiques, sont dignes de nos plus modernes TER et en une demi-heure, nous atteignons le nord du lac des Quatre-Cantons et la cité de Lucerne.

Cette ville est, depuis le moyen-âge, une étape importante sur la route du St Gothard qui relie l’Europe du nord à l’Italie. C’est aujourd’hui une capitale cantonale de 60’000 habitants possédant un riche patrimoine architectural et des magasins et restaurants branchés.

Nous flânons le long de la Reuss, ses ponts de bois et son vieux barrage à aiguilles, découvrons les façades peintes au fil des ruelles, visitons l’église baroque des jésuites (bastion de la Contre-Réforme en Suisse), et grimpons sur les remparts et tours du Müseggmauer pour admirer la ville d’en haut.

Lucerne et l'un de ses ponts de bois
Après le déjeuner, nous ne résistons pas à un tour sur le lac à bord des fameux bateaux à vapeur. Nous embarquons donc sur le «Uri» à destination de Vitznau sur la rive Est. Et cette fois, pistons, bielles et manivelles sont bien visibles.

Le spectacle est donc pour moi autant à l’intérieur qu’à l’extérieur, où nous naviguons dans un décor digne des fjords norvégiens, entre Pilate et Rigi, les deux belvédères les plus courus de la région, le long de falaises abruptes et de côtes parfois trop urbanisées.

De retour à Lucerne, nous trainons encore un peu en ville avant de reprendre le train qui nous ramène au camping.





Jeudi 10 juillet : Un ciel limpide accueille notre réveil et nous conforte quant à la décision de randonner aujourd’hui plutôt qu’hier.

Nous partons pour Stöckalp, hameau situé à l’extrémité de la vallée voisine du Melchtal. S’il existe une petite route à circulation alternée pour grimper les 800m qui mènent au Melchsee (lac de Melch), nous préférons prendre une télécabine, moyen de transport plus «typique» dans ce pays qui ne compte pas moins de 700 remontées mécaniques (hors téléskis).

Là haut, le cirque rocheux qui ferme la cuvette du lac est de toute beauté, même si la petite station de Frutt aux bâtiments sans charme gâche un peu le décor.

Sous le regard blanc du Titlis (3238m), nous grimpons jusqu’à Abgschütz, au milieu de quelques Brunes (vaches), mais cette ambiance bucolique est quelque peu mise à mal par le vacarme assourdissant d’avions de chasse s’entrainant au dessus de nos têtes.

Arrivés sur la crête, nous basculons par un sentier confortable mais aérien sur le versant ouest, au dessus du Klein Melchtal et de la vallée de l’Aare, d’où surgissent maintenant les hautes cimes de l’Oberland bernois : Si la face nord de l’Eiger est quelque peu reléguée au second plan, un nouvelle trilogie s’offre à nous avec le Wetterhorn, le Mittelhorn, et le Rosenhorn.

Enfin au sommet du Hochstollen (2481m), but de notre excursion, nous nous essayons au salut local, un «Grüezi» rocailleux en schwytzerdütsch (dialecte suisse allemand), car nous sommes loin d’être les seuls à admirer l’extraordinaire panorama.

Je gribouille quelques mots dans le traditionnel gipfelbuch (livre de sommet) au pied de la croix, l’occasion de marquer notre passage en cette journée un peu particulière, puisqu’il s’agit de notre 4ème anniversaire de mariage.

(panorama interactif du sommet)

Après cette première pause, nous replongeons vers les alpages, bernois cette fois, avant d’atteindre peu après midi la ferme de Häägen.

Au milieu des vaches et des chèvres, accompagnés d’un petit air folklorique d’accordéon, nous grignotons une part de tarte face aux sommets étincelants : la vie est belle !

Nous remontons ensuite sur Planplatten, coiffé de sa «classique» remontée mécanique puis empruntons le sentier panoramique, 1000m au dessus des Gental et Gadmental, les vallées qui enserrent le Titlis et la crête dolomitique du Wendenstöcke, entre Jochpass et Sustenpass (col de Susten).

La vue est grandiose sur les glaciers des Alpes uranaises, qui culminent à 3630m au Dammastock, et sur le versant sud duquel s’écoule le glacier du Rhône (invisible d’ici).

Un peu plus loin, cinq fiers mais indolents bouquetins nous observent au dessus d’un grand névé que nous traversons pour terminer au Balmeregghorn (2255m), surmonté lui aussi… d’un télésiège et d’une table d’orientation.

Il est 16h30 quand nous sommes de retour sur les bords du Melchsee. Nous traînons jusqu’à plus de 17h avant de nous inquiéter du départ de la dernière télécabine, qui est à 17h20! Ouf de soulagement, à quelques minutes on était bon pour descendre à pied.

Sur la route qui nous ramène au camping, nous passons le Hohe Brücke, pont de bois couvert qui franchit les gorges du Ranft, creusées par la rivière Melchaa 100m plus bas. Nous visitons ensuite l’ermitage de St Nicolas de Flüe, haut personnage de l’histoire locale, et terminons par une rafraîchissante baignade dans le Sarnersee (lac de Sarnen). Baignade qui tourne court quand je sors de l’eau et que des taons m’assaillent : bilan 5 piqûres sur les jambes !


 
  Le Hochstollen (2481m)

Type : BS
Localisation : Canton d'Obwald (carte de situation)
Point de départ : Melchsee-Frutt
Itinéraire : Frutt - Abgschütz - Hochstollen - Hohsträss - Häägen - Planplatten - Blameregghorn - Frutt
Distance : 16 km
Dénivelé positif : 953 m
Carte : CN255T «Sustenpass» de l'Office Fédéral de Topographie (Suisse)
Topo : D'après Daniel Anker, Guide de randonnée «Oberland bernois Ouest», aux éditions Rother, pp. 130-131


Sortie n°202 réalisée le 10/07/08 avec Estelle
 




Vendredi 11 juillet : Cette journée est consacrée à la visite des environs. Quittant Sachseln et le camping, nous faisons le tour du lac par une petite route jusqu’à Sarnen et sa vaste église baroque, puis continuons sur Kerns et l’Engelbergtal (vallée d’Engelberg).

La campagne verdoyante est parsemée de petites chapelles blanches surmontées de clochers à bulbe aux tuiles rouges, tandis que partout villages et fermes présentent d’impeccables façades peintes et oriels ouvragés.

Posée dans le fond en auge d’une ancienne vallée glaciaire, dominée par le Titlis, Engelberg (littéralement la montagne des anges) est le siège historique d’une grande abbaye bénédictine. Aujourd’hui, seule l’église et les bâtiments conventuels (qui abritent une fromagerie) présentent un intérêt, la station qui s’est développée autour étant particulièrement insipide.

Quant au sommet du Titlis, il fait l’objet d’une débauche d’aménagements : téléphérique rotatif, grotte de glace, snowpark, restaurants, magasins de souvenir… La brochure publicitaire m’écœure. Tant mieux, nous économiserons 100€ (A/R pour 2) et  éviterons la foule de touristes asiatiques.

Plus en accord avec nos mœurs, nous pique-niquons tranquillement au fond de la vallée, sur les rochers qui bordent la cascade de Tätschbach, en dégustant un sandwich maison et une bonne Eichhof, la bière locale brassée avec l’eau du Pilate.

J’avais pensé dormir sur place et randonner demain dans le coin, mais du mauvais temps est annoncé, et nous décidons d’écourter notre programme. D’Engelberg, nous partons donc pour le canton d’Uri qui occupe l’extrémité sud du lac des Quatre-Cantons.

Nous nous posons pour une dernière nuit à Flüelen, dans un camping au milieu des véliplanchistes. Il faut dire que le coin est un spot réputé, en bout du lac, le long des falaises de l’Axen.

En fin d’après-midi, nous visitons successivement :

- La Tellskapelle, charmante petite chapelle ouverte sur les bords du lac et qui retrace en 4 tableaux l’histoire mythique du célèbre héros de l’indépendance suisse, Guillaume Tell,


- Le carillon moderne de 36 cloches, offert par l’industrie chocolatière à la population, et qui permet de jouer une sélection de mélodies durant les 10 premières minutes de chaque heure,


- Altdorf, la capitale du canton, qui présente quelques jolis bâtiments et le monument à Guillaume Tell,


- Enfin, la rive gauche du lac et le hameau de Bauen, à l’ambiance déjà méridionale et où nous dînons.


Attablés en terrasse, le lac se couvre peu à peu d’écume sous un ciel de plus en plus menaçant. Les premiers éclairs nous invitent à ne pas prendre de dessert et à rentrer rapidement au camping (nous n’avons pas amarré la tente, ni installé nos affaires).

Enfin à l’abri, l’orage se déchaîne jusqu’à 22h30. La foudre tombera d’ailleurs à moins de 600m (2s). Et même sous la tente, ça n’est pas des plus rassurant.





Samedi 12 juillet : J’espérais une éclaircie matinale pour faire une petite balade à l’aurore au dessus du camping, mais il pleut toujours et nous décidons de rentrer.

Nous empruntons la nationale qui remonte la vallée de la Reuss vers le sud, presque seuls, évitant l’autoroute saturée du Gothard et découvrant le titanesque chantier de la nouvelle ligne ferroviaire, qui mettra, fin 2016, Zurich à 2h40 de Milan via un tunnel de 57km (le plus long au monde).

Nous quittons ensuite la vallée pour le Sustenpass (col de Susten) dont la route est «un chef-d’œuvre du génie civil, qu’il faut apprécier par beau temps» précise le Guide Vert : nous n’en verrons rien, la visibilité étant réduite à quelques mètres seulement. Une éclaircie sur l’autre versant nous permettra cependant d’entrevoir le Steigletscher (glacier) et le Steisee (lac), avant la descente sur Meiringen, la vallée de l’Aare et l’autoroute du retour.


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