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Journal de Bord d'un marcheur... Compte-rendus de randonnées et informations sur la montagne, la randonnée et les Alpes

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Samivel à St Maurice

Il y a un siècle naissait Paul Gayet-Tancrède, plus connu sous le nom de Samivel. Le château de St Maurice (Canton du Valais, Suisse) propose depuis avril 2007 et jusqu’à la fin de ce mois une rétrospective sur cet artiste. Nous y étions…

Sur 2 étages et une dizaine de salles, l’exposition présente la vie et l’œuvre de Samivel. Nous avons ainsi pu admirer bon nombre de documents originaux, dont de superbes illustrations : La finesse du trait à la plume alliée à la légèreté des lavis et de l’aquarelle est vraiment extraordinaire et rend toutes les reproductions éditées bien fades à côté.

A travers cette rétrospective, je me suis rendu compte que j’en savais en fait très peu sur cet homme et j’ai découvert une oeuvre particulièrement riche et diversifiée. Plutôt qu’une classique biographie que vous trouverez ici, je vous livre quelques éléments de cadrage (que je ne connaissais pas toujours) et qui m’ont permis de mieux cerner ce personnage hors du commun.


L’homme : Elevé par sa mère, Marcelle Gayet née Tancrède, le jeune Paul grandit entre Paris et Chambéry. C’est là qu’il découvre les Alpes : première ascension d’un 3000 à douze ans, sur des skis à quatorze et au sommet du Mont Blanc à seize, il est «marqué par la montagne comme d’autres le sont par la mer, grimpe sur tout ce qui culmine avant de fulminer plus tard sur tous ceux qui grimpent sans amour ni respect».

Précurseur de la protection de la nature (il est l’un des «pères» du Parc national de la Vanoise) et «perpétuel ébloui», il écrit et dessine dès son plus jeune âge. Il sera tour à tour illustrateur, écrivain et cinéaste. Et la montagne ne sera pas son seul sujet de prédilection, deux autres thèmes revenant de façon récurrentes : la mer et le monde médiéval.


L’illustrateur : Dès son enfance, il est marqué par des dessinateurs tels que Hansi, «au style breughélien fourmillant de détails pittoresques», Heath Robinson [en], Marcel Capy ou Cecil Aldin qui illustre, entre autres, «les Aventures de Mr Pickwick» de Dickens. C’est d’ailleurs à partir du surnom de l’un des héros, Sam Weller, qu’il tirera son pseudonyme de Samivel.

Il débute sa carrière dans les années 30 avec quelques recueils de dessins humoristiques sur le thème de la montagne comme «Sur les planches» ou le célèbre «Sous l’œil des choucas».

Suit une abondante production d’illustrations de ses propres écrits (voir plus bas), mais aussi d’œuvres d’auteurs très divers, comme Rabelais («Gargantua» puis «Pantagruel»), Pierre Van der Meulen avec «Les Dynastes», Les Fables de la Fontaine, l’œuvre poétique de François Villon, le récit d’Alain Bombard «Histoire du naufragé volontaire», Alphonse Daudet et son «Tartarin sur les Alpes» ou encore le roman de Ramuz «La Grande Peur sur la Montagne».


L’écrivain : A l’âge de 17 ans, il rédige sa «Revue Alpine», dans laquelle il note ses ascensions, ses projets d’excursions, ses frais d’équipement et recopie quelques articles sur la conquête des plus grands sommets. Mais ses écrits ne s’arrêteront pas là et sa production littéraire sera aussi variée que sa production graphique.

On y retrouve de la littérature enfantine qu’il illustre lui-même, avec 3 volumes tirés du classique médiéval «Roman de Renart» («Goupil», «Brun l’Ours» et  «Les malheurs d’Ysengrin»), la série des Dumollet (dont «Mr Dumollet sur le Mont-Blanc») et plusieurs contes («Le Joueur de flûte de Hamelin» ou encore «La Grande nuit de Merlin»).

Son œuvre se traduit également par de nombreuses nouvelles et récits («Contes à Pics» et «L’Amateur d’abîmes» pour ne citer que les plus connus), et, en 1967, son roman «Le Fou d’Edenberg» sera même proposé pour le prix Goncourt.

Enfin quelques essais (dont l’excellent «Hommes, Cimes et Dieux») et de beaux ouvrages thématiques tels que «Les cols des Alpes», «Monastères de montagne» ou «Le grand Oisans sauvage» complètent cette imposante et éclectique création littéraire.


Le cinéaste : En 1948, il participe à l’expédition de Paul-Émile Victor au Groenland, il en ramènera 3 films et le goût des voyages : Egypte, Grèce, Islande, autant de destinations qui feront l’objet de films, documentaires et conférences (Connaissance du Monde).

Quant aux Alpes, «Cimes et merveilles» obtiendra le 1er prix international au festival du film de montagne de Trente en Italie (1952).


Conclusion : Pour ma part, je reste un très grand fan du Samivel acidulé et drôle de «Sous l’œil des Choucas» ou de «l’Amateur d’abîmes». Comment résumer ce que j’aime en lui ? En reprenant ces quelques mots que Charles Boyer écrivait en 1942 dans «La Montagne», à propos de la première édition de «l’Amateur d’abîmes» :
[C’est] une satire violente des Alpinistes m'as tu vu, des considérations philosophiques sur le retour à la Nature, d'excellentes descriptions d'ascensions, des dessins humoristiques: l'ensemble imprégné d'une sagace érudition. […] La plume de Samivel est aussi habille que son crayon et les pages qu'il écrit équivalent ses dessins.»

«Leur première : Comment ils la font... et comment ils la racontent»
(extrait de «Sous l’œil des choucas»)
Qui ne se reconnaîtrait pas ici ?



A propos de l'exposition : Cette magnifique retrospective est organisée par la fondation du Château de St Maurice, mais les documents présentés appartiennent au Musée d’ethnographie de Genève. Pourquoi Genève me direz-vous? Samivel s’en explique dans son testament :
Pour éviter toute dispersion de cet ensemble matériel [ses œuvres] après ma mort, j’ai décidé d’en faire don à un organisme à vocation culturelle capable d’assurer la protection morale et matérielle de l’œuvre et à veiller à ce qu’elle demeure accessible au public.
D’autre part, j’ai dû constater à l’occasion de diverses circonstances que dans mon propre pays, certaines considérations qui n’ont rien à voir avec la culture, les arts et les lettres, dépendant des opinions ou des capacité de tel ou tel responsable ou décideur, de la mode ou de choix politiques, pouvaient compromettre ou même annuler l’effet des intentions du donateur.
En conséquence, une telle donation doit être faite au profit d’un organisme situé – si j’ose dire – en territoire neutre, à l’abri d’intention négatives, donc à l’étranger, mais dans un pays de culture française. La Suisse romande me parait toute désignée, région à laquelle m’attache d’anciens liens de sympathie…»





Un livre sur l’exposition est également paru aux éditions Hoebeke,
«Samivel, l'âme du monde».

Il présente de belles reproductions parfois peu connues des dessins de Samivel. Les textes sont signés de Jean-Pierre Coutaz, directeur du Château de St Maurice, Erica Deuber Zeigler et Jean-Louis Feuz du Musée d’ethnographie de Genève, Yves Paccalet et enfin, Yves Frémion.

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